CO entre dans l'arène
Parce que la Coupe du Monde de foot approche à grands pas, CO était cette semaine à la corrida de la Feria del Corpus de Grenade. Oubliez les problèmes de Raymond, les dribbles de Govou et les caleçons de Valbuena et intéressez-vous un peu à la tauromachie.
La corrida, voilà le symbole phare (mais tellement critiqué) de la culture espagnole.
Celle du jeudi 3 juin était pour la moins prometteuse avec en tête d'affiche Julian Lopez Escobar alias «el Juli», la star actuelle de la tauromachie. Le madrilène, sans doute le plus doué de sa génération, est une star de la tauromachie. David Fandilla Marin dit «El Fandi» est un peu le local de l'étape. Le granadin est un des spécialistes dans la pose des banderilles (oui cette expression souvent usitée par des commentateurs sportifs inspirés prend ici son sens premier), domaine dans lequel il excelle tout en restant très bon lors de la faena (c'est tout le travail du torero lors du dernier tercio avant la mise à mort). Le 3ème larron était le natif d'Alicante Juan Manuel Manzanares.
Curieux, j'arrive donc sous un soleil de plomb à la Plaza de toros avec quelques amis. Au milieu de la foule, quelques anticorridas brandissent des pancartes dénonçant cette tradition au milieu d'aficionados indifférents, de quelques policiers et de jeunes femmes parées de leur plus belle robe sévillane (féria oblige). Après avoir bien galéré pour trouver nos places dans cette arène magnifique, on s'installe certes à l'ombre mais sur des bancs de 20cm de largeur qui prennent peu en considération nos derrières et dans des allées bougrement étroites. Par contre, chose agréable dans les arènes espagnoles, on pique nique comme on le souhaite. Les plus jeunes goûtent en famille dans les gradins, les autres se concentrent sur des bouteilles de vin et des tapas. Bref, on vient ici pour voir une corrida mais aussi pour se réunir, discuter, boire un coup et manger ensemble. La corrida, qui ancre une culture identitaire et maintient un peu de lien social, joue bien son rôle. Une absence de fouille à l'entrée relate la confiance et l'ambiance bon-enfant qui y règne.
Une fois installés, le spectacle peut commencer avec en premier El Juli. Face à un taureau assez vaillant, le Madrilène nous montre toute l'étendue de sa classe en maniant la cape puis la muleta (la cape rouge servant pour le dernier tercio). Il semble en osmose avec le taureau, le regarde, le caresse de sa cape. Tout est en élégance chez le prodige madrilène. Rien à dire non plus sur l'estocade (la mise à mort de l'animal) qui a été faite très proprement. Ce premier passage lui a valu de recevoir une belle acclamation de la part du public et 2 oreilles en récompense. El Juli reçut le même trophée lors de son second passage tout aussi maîtrisé et tout aussi empreint de finesse. Recevoir une ou deux oreilles et la queue du taureau est la récompense du matador après sa prestation. Si vous préférez, c'est comme la médaille GoSport que vous receviez lors des tournois de Pâques avec votre équipe de foot quand vous aviez 10 ans.
Le natif de Grenade El Fandi n'a pas déçu non plus avec 3 oreilles gagnées ce jeudi grâce notamment à son style inimitable lors de la pose de banderilles ! En effet el Fandi est peut-être inégalable dans les deuxièmes tercios, domaine dans lequel il fait figure d'exception puisque il fait partie des rares toreros qui posent eux-mêmes les banderilles. Tout en grandeur, le granadin est un show-man, il harangue la foule, il se la pète un peu de par ses cris, ses poses et sa gestuelle. Et ça marche. Après le deuxième tercio des banderilles salué par la foule, il exécute brillamment lors de son premier passage la faena de muleta de manière parfois acrobatique. Son premier passage lui valut de remporter 2 oreilles sous les applaudissements et les mouchoirs blancs du public andalou conquis.
Le deuxième passage de David Fandilla aura été aussi maîtrisé tant dans le domaine des banderilles toujours aussi caractéristique de l'Andalou que du premier tercio. Avec l'exécution de véroniques notamment celles à genoux, El Fandi prouve qu'il a un style inimitable. Regardant la foule, touchant le taureau, sautant, il dénote beaucoup du style plus sobre et élégant d'El Juli. Mais quelques difficultés lors de l'estocade l'ont empêché de remporter deux oreilles (une oreille demandé par le public néanmoins).
El Fandi mange toujours son chapeau après avoir toré
Quant au dernier participant de la journée, Manzanares, la journée n'a pas été facile pour le torero avec pas moins de trois taureaux remplacés dont 2 sur blessures. Mais le natif d'Alicante ne s'est pas démonté pour réussir une grande prestation lors de son premier passage notamment lors du maniement de la muleta et lors de l'estocade. Malgré son opération récente du dos, il parvient a remporter deux oreilles après une brillante session de passes lors de la faena. Il fut tout aussi brillant lors de son second passage mais paraissant fatigué, il ne parvint à glaner aucun trophée.
La soirée se conclut par la sortie par la grande porte des arènes des trois toreros sous les acclamations des aficionados dont les attentes ont été largement comblées pour cette journée de Corpus Christi.
Mention spéciale également pour le Français Sébastien Castella qui lors de la dernière corrida de la semaine a ébloui de sa technique le maigre public des arènes de Grenade. Après ses deux passages salués par l'acclamation de la foule, le Biterrois a réussi à remporter 4 oreilles lors de cette soirée bien moins riche en récompenses que celle de jeudi. Mention notamment au taureau toré par le Français lors de son second passage qui aura fait preuve de bravoure et de courage du début à la fin de la lidia (du combat).
CO ne veut pas rallier ses lecteurs à la cause taurine. Vous faites ce que vous voulez. Vous pouvez rester sur votre position de babacool fascisant. Surtout avant la boucherie qui attend l'EDF en Afrique du Sud.
La Plaza de toros de Grenade
Mais il m'emmerde lui avec son foulard
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