L'appartenance sociale comme déterminant de notre existence ?
Rassurez-vous, nous n’allons pas verser dans le traité sociologique. Alors, pourquoi cette question ? Il fallait trouver un angle intéressant pour parler de la draft 2010. Dire que John Wall fera le plus grand bien aux Wizards ne présente pas un réel intérêt. S’interroger sur les chances de réussite de Kévin Séraphin, 17e du premier tour, en a un. Le rapprocher de ses prédécesseurs commence à devenir alors intéressant. Les définir comme une classe sociale l’est donc d’autant plus. Des basketteurs âgés d’une vingtaine d’années, présentant un talent certain, dont l’ambition est de jouer en NBA et d’amasser un joli paquet de dollars sont autant de caractéristiques et d’intérêts communs pouvant faire des picks 17 une classe sociale à proprement parler. Quel intérêt derrière cette classification ? Celui de s’interroger sur le déterminisme de classe. En partant du principe que l’appartenance à une classe détermine les caractéristiques d’une personne et ce qui la constitue, on peut alors anticiper sur le futur de Kévin Séraphin, son dernier membre. Drafté par les Bulls, sans doute envoyé sous peu à Washington, l’ex-Choletais, 20 ans, rentre dans la cour des grands. Alors, qu’ont fait ses illustres (ou pas) prédécesseurs ? Retour sur les 20 derniers picks 17 et leurs destins en NBA.
Comme dans chaque classe sociale, il y a ceux qui descendent dans la hiérarchie, ceux qui sont bien à leur place, et ceux qui rêvent de progression sociale. La classe sociale que nous étudions aujourd’hui ne déroge pas à la règle.
Commençons donc par une belle brochette d’inconnus, par ceux qui n’auraient jamais dû être draftés aussi haut. Ils sont bien sûr retournés dans l’oubli mais peut-être que ces noms évoqueront des souvenirs à quelques-uns d’entre-vous : Jerrod Mustaf (drafté par les New York Knicks en 1990), Victor Alexander (Golden State Warriors, 1991), Greg Graham (Charlotte Hornets, 1993), Johnny Taylor (Orlando Magic, 1997), Cal Bowdler (Sacramento Kings vers Atlanta Hawks, 1999), Michael Bradley (Toronto Raptors, 2001), Zarko Cabarkapa (Phoenix Suns, 2003), Shawne Williams (Indiana Pacers, 2006), Sean Williams (New Jersey Nets, 2007). Que retenir de ces mecs-là ? Pas grand-chose, si ce n’est que Cabarkapa a fait partie de la draft 2003, la plus impressionnante de l’histoire… Le monténégrin, auteur de 4,3 points et 2,1 rebonds par match en moyenne sur les cinq saisons qu’il a passé en NBA, a réussi à se faire drafter devant David West (18e), Travis Outlaw (23e), Josh Howard (29e) ou encore Mo Williams (47e). Bravo aux Suns pour cette magnifique erreur de casting…

Coucou, je suis là !
Passons maintenant aux joueurs qui sont bien à leur place. Des joueurs solides, pas forcément avec des gros palmarès, mais qui ont eu, ou ont, une carrière NBA qui se respecte. À la croisée des deux catégories, on peut citer Juan Dixon, ailier drafté par les Wizards en 2002. Pas vraiment un loser, sans être un joueur d’impact, il a tourné à 12,3 points par match en 2005-2006 à Portland.
Reprenons les autres par ordre chronologique. 1992, les Supersonics de Seattle draftent Doug Christie. Il a eu son heure de gloire aux Raptors en 97-98 avec plus de 15 points, 4 rebonds, et 2 interceptions par match. Il fut par ailleurs l’un des artisans de la belle époque des Kings au début des années 2000 aux côtés des Divac, Weber, Stojakovic et autre Bibby, apportant la solidité défensive dont cette équipe bourrée de talent avait tant besoin.
Deux ans plus tard, la NBA voit arriver Aaron McKie à Portland. Sans être un gros scoreur, il fut le back-up d’Eric Snow et d’Iverson à Philly une bonne partie de sa carrière et a été élu meilleur sixième homme en 2000-2001. Arrive maintenant un petit phénomène. Bob Sura, issu des Florida Gators, dont il détient toujours le record de points marqués, débarque à Cleveland en 95. Après une saison 2000-2001 à 13,8 points de moyenne, le meneur quitte Cleveland pour Golden State puis Atlanta. Et c’est chez les Hawks qu’il s’est le plus distingué. Non pas par son talent, mais par une annulation de triple-double par la Ligue. Étant à 1 rebond de son troisième triple-double consécutif, il a gentiment foiré son lay-up en contre-attaque pour prendre son propre rebond… Petit malin va.
Radoslav Nesterovic intègre la NBA en 1998 grâce aux Minnesota Timberwolves. Évoluant aux côtés d’un certain Kevin Garnett, le Slovène a gagné en maturité et en puissance de jeu. En 2003, il part à San Antonio pour pallier au départ à la retraite de l’Amiral Robinson. Aux côtés de Duncan, Rasho a prouvé qu'il avait tout d'un bon pivot à l'européenne : bon défenseur, capable de s'écarter pour prendre des shoots à 5m, et bon passeur. Peu utilisé car blessé, il décroche un titre NBA en 2005. Une juste récompense.
Pour le nouveau millénaire, les Supersonics chopent Desmond Mason, un ailier jumper au potentiel physique assez intéressant. Vainqueur du Slam Dunk Contest en 2001, il est le seul Sonics de l’histoire à y être parvenu… Génial… Sa meilleure saison reste 2004-05 aux Bucks avec 17,2 points par match.
Enfin, pour clore cette catégorie, finissons avec deux jeunes, Roy Hibbert, drafté par Toronto en 2008, et Jrue Holiday, par Philly l’année dernière. Le premier, arrivé à Indiana, tournait cette année à 11,7 points et 5,7 rebonds pour sa deuxième saison. Pas mal pour un pivot sophomore. Jrue Holiday a lui été propulsé titulaire au poste de meneur pour sa saison rookie suite à l’affaire Iverson et la blessure de Louis Williams, et tournait à 8 points par match. Des gars d’avenir.
Petit mix de Bob Sura. Si, si, ça existe…
Et enfin, terminons avec l’élite de cette classe, ceux qui, aux vues de leurs carrières, auraient pu faire partie des 10 premiers de leur draft. Nous avons délibérément choisi de commencer ce tour des picks 17 en 1990. Mais si l’on remonte ne serait-ce que d’une année, on tombe sur Shawn Kemp. Est-il bien nécessaire de présenter ce monstre physique qui a fait les belles heures des Sonics avec Gary Payton ? Pas vraiment.
Énorme draft en 1996 avec notamment Kobe Bryant, Steve Nash, Ray Allen et Allen Iverson. Les Trailblazers sélectionnent Jermaine O’Neal, un pivot un peu sec de 2m11. Première distinction à son actif, celle de plus jeune joueur à fouler un parquet NBA, à 18 ans. Après quatre premières saisons très difficiles à Portland, « l’autre O’Neal » débarque à Indiana et retrouve un second souffle. En 514 matches, il score 15,6 points de moyenne, avec 9,5 rebonds et 2,4 contres. Pas mal. En 2002, il décroche le titre de joueur ayant le plus progressé et devient All Star. La première de ses six apparitions au match des étoiles… pour celui qui fut l'un des meilleurs poste 4 de la ligue.
2004, les Hawks récupèrent Josh Smith, un ailier ultra-athlétique. Depuis six ans, il fait le bonheur de son équipe et est le taulier en défense. Recordman du plus jeune joueur à atteindre les 1000 contres, il a par ailleurs remporté le Slam Dunk Contest en 2005. Avec 14,3 points, 7,6 rebonds et 2,3 blocks en carrière, sa 17e place est vraiment aberrante. Tant mieux pour les Hawks qui ont eu le nez fin sur ce coup-là.
Finissons ce passage en revue avec Danny Granger. Drafté par les Pacers en 2005, il se fait très vite remarquer avec sa qualité de shoot et son impact en percussion. En 2008-2009, il tourne à presque 26 points par match et décroche logiquement le titre de MIP en terminant 10e meilleur marqueur de la NBA et en participant à son premier All Star Game.
Si l’appartenance à une classe est bien déterminante, malheureusement pour Kévin Séraphin, son avenir NBA a plus de chances d’être celui d’un back-up moyen plutôt que celui d’un titulaire indiscutable, plusieurs fois All Star. Sur les 20 derniers pick 17, 9 ont complètement raté leur carrière, quittant prématurément la NBA, 8 autres ont réussi à maintenir un niveau de jeu constant, sortant quelques grosses perf', 3 enfin excellent dans leur registre. Les statistiques ne sont pas vraiment encourageantes pour Séraphin, mais, sait-on jamais, sur un malentendu…