Départ raté, départ classique.
Les Bleus ont battu le Japon sur un score large, mais les Bleus n’ont rassuré personne. Les Bleus ont battu le Canada sur un score large, mais les Bleus n’ont pas convaincu pour autant.
Les éditocrates influents de la sphère rugby se sentent floués, montent au créneau, s’indignent, réclament autre chose. Absence de projet de jeu, trous d’air en défense, Jauzion resté à la maison, manque de fil directeur, Poitrenaud resté à la maison, leaders branchés sur courant alternatif, Fritz resté à la maison. La liste des courses du lieu commun journalistique est consommée avec les fantasmes refoulés d’une France reine du monde censée maitriser une compétition aussi dure qu’une coupe du monde de bout en bout. Déjà vu, déjà lu, déjà entendu.

Le seul commentaire pertinent était peut-être celui de Thierry Lacroix à la fin du match contre le Canada, tout content d’avoir vu évoluer une équipe intelligente 80 minutes durant, gestionnaire en première mi-temps, forte en 2ème pour l’emporter largement comme si de rien n’était. Une certaine idée de la maturité.
Et quoi ? L’histoire récente le prouve, une coupe du monde dure 2 mois, il faut monter en puissance durant les poules et être prêt pour les matchs à affrontement directs. Ni plus, ni moins.
L’exploit historique de Twickenham de 1999 a trop souvent fait oublier que la France a gagné sa place en quart de finale dans les dernières minutes d’un match angoisse contre les Fidji à Toulouse reponrté 28-19 sans gloire.
En 2003, le parcours était certes plus cohérent, cadré. Le quart contre l’Irlande fut le meilleur de l’ère Laporte, la demie la plus révélatrice des limites du personnage, et ce une semaine plus tard. Très dur. De la pluie, pas de plan de jeu de secours, une défaite sans saveur contre des Anglais futurs champions du monde.
En 2007, la lettre de Guy Moquet avait renvoyé les Bleus aux enfers en prime time pour l’ouverture contre l’Argentine, ce qui n’avait pas empêché ces mêmes Bleus de taper les Blacks grand favoris en quart, avant de perdre en demie contre le 15 de la Rose, lui-même moribond, humilié et pitoyable en poule contre les Boks, ce qui ne l’empêcha pas de les rejouer en finale dans une finale serrée. CQFD.
Les Bleus affronteront les Blacks samedi. Ils perdront certainement de peu mais seront rassurés. Et prêt pour les phases finales, et c’est à peu près tout ce qu’on leur demande.
Ils ont à ce stade les mêmes motifs d’espérance et d’anxiété que les autres favoris. Les Boks ont failli perdre contre les Gallois, il s’en ait fallu de peu, un drop raté de Capt’ain Crochet James Hook. Les Australiens vainqueurs récents du tri nations ont (enfin) trouvé une nouvelle charnière 3.0 prête à renvoyer Gregan et Larkham dans les livres d’histoire, mais ont perdu contre… L’Irlande. L’Irlande qui s’était elle-même inclinée deux fois en août contre la France et arrivait en Nouvelle-Zélande très peu sûre d’elle. Cette charnière 3.0 des Aussies, c’est bien celle qui avait battue avec les Queenslands Reds et à elle seule les Crusaders en finale de Super 15 et fait douter les Blacks peu avant une coupe du monde qu'ils ne doivent pas perdre. Toujours le même foutoir donc. CQFD.

PSA au volant
Après le formateur inexpérimenté Lièvremont, le manager. Philippe Saint André a donc été nommé entraineur du 15 de France après la coupe du Monde. Que le cas du futur directeur technique du 15 de France soit réglé avec la fin d’une coupe du monde parait cohérent. Que le nom soit dévoilé publiquement l’est beaucoup moins. On mettra donc de côté l’amateurisme officialisé de la fédération. On doutera de la pertinence d’un tel choix.

PSA doit être un bon manager, son CV n'est pas dégueux, tout comme son palmarès. Mais c’est à peu près tout. Ses déboires récents, son projet de jeu, ses recrues au RCT ont aussi montré les limites de l’entraineur. Le 15 de France qui cherche à moderniser son romantisme et le rendre efficace à l’heure du rugby 21ème siècle espérait autre chose. Galthié le technicien avait vu juste lorsqu’il avait exprimé ses doutes lors de l'officialisation de la nomination de Saint-André. Ce dernier sait gueuler, dire à son capitaine de prendre une touche, se perdre dans des faux air de coach NFL avec son casque en liaison directe avec Mignoni en tribune... N’empêche qu’à part proposer de gagner des duels, le tout couvert d’une grosse organisation valorisée par un gros buteur, il n’a pas proposé grand-chose avec les Toulounnais et a même terminé 8ème l’an dernier. Avec son effectif all-stars, Mourad rêvait de titre, il aura la Amlin Cup. Galthié le technicien a envoyé une équipe moyenne en finale. Lui. Lagisquet, Brunel, mais surtout Novès étaient autant d’alternatives autrement plus pertinentes. Pour le projet de jeu, repassez donc. Bastagros sera peut-être de retour, un joli cadeau après ses déboires, il le mérite. Il sera associé au centre à Fritz, et la France rigolera beaucoup moins.
Arnaques, crimes et Botha nike
Tiens, Laporte rejoint le projet de jeu néo-libéral toulounnais et la boucle est bouclée pour l’ancien affairiste raté, ex ministre sarkozyste et récent repreneur de clubs qui se portent mieux une fois qu'il n'est plus là. Concurrence internationale à tous les étages, actionnaire soucieux de la rentabilité de ses investissements à court terme, prêt à licencier s’il faut, le RCT est officiellement le club le plus cohérent du top 14. Dans le mauvais sens terme, et le nouveau paradigme de ce que le rugby ne doit pas devenir. D’ailleurs les espoirs clermontois ne se sont pas fait prier pour l’humilier chez lui, à Mayol. L'ultra violent Botha va débouler d’içi peu, de même que Giteau, et le RCT pourra (in)décemment finir 7ème. Merci Mourad de continuer à montrer la voie à ne pas suivre.