Top 14 : "Some Like it Hot"
Le top 14 entre dans sa phase finale, les «phases finales», la plus excitante, celle dans laquelle le rugby s’exprime le mieux. Là où un championnat de foot se construit très bien sur une phase de poule avec ses chocs en stocks, le rugby prend une toute autre dimension au printemps.
Le rugby se construit d’affrontements direct sur une manche sèche où la tension rend à ce sport tout son sens.
L’institution des barrages a réveillé les sempiternels débats internes du rugby français, opposant la «caste des casses couilles», Novès en tête et la « France d’en bas », entre matchs en trop pour certains, débat sur un «top 12» et une volonté de ne pas flinguer d’autres clubs historiques sur le déclin financièrement en les envoyant direct en Pro D2, histoire de renvoyer Colomiers en Fédérale avec Béziers jouer Massy ou Marseille dans le trophée Jean-Prat.
Mais ils ont surtout permis d’intégrer Toulon et la Racing pour les matchs à enjeux.
Bien malin qui saura nommer le futur champion.
Autant discuter de ce championnat, probablement le meilleur du monde.
Le titre de l’USAP de l’an dernier et la énième défaite de Clermont étaient lourds de sens.
Clermont se demande encore ce qui a pu lui arriver face à des Catalans rarement avares en loupés historiques sur des matchs-clés. L’USAP avait alors sorti un match plein de rugby et Clermont un non-match absolu, les Catalans avaient provoqué, cherché, frappé pour ne pas finir comme les éternels losers sympatiques, Clermont s’était perdue dans une méthode Cotter trop respectée entre discipline surjouée et un large-large à toute épreuvre. Le large-large Clermontois est le meilleur système pour cartonner une saison régulière et le meilleur pour perdre une finale. Et Brock James le montre à merveille, avec une promptitude à disparaître dès que ça coince. Peut-être parce que une finale se gagne finalement à l’envie, et dans un rugby total, dans lequel l’USAP se régale depuis deux ans.
Cantonné à un rugby d’avants hormis les fulgurances de Manny Edmonds (qui a terminé sa carrière sur le banc de Bayonne à Sapiac, tristesse) ces 10 dernières années, l’USAP a su évoluer vers un rugby total avec Durand en chef d’orchestre, le triangle Mermoz/Marty/Hume, et l’émergence de Porical derrière. L’absence de 10 stable symbolise la force de cette USAP là. Finalement, quelque soit le joueur, le rugby est le même, un 9 remplaçant ou un centre font l’affaire, la vérité de cette équipe est ailleurs, peut-être dans les couilles et l’identité.
En parlant d’identité, le Stade Toulousain obéit à un schéma identique. Quand il joue comme lui seul sait faire, avec le génialissime faux-lent Jauzion, il a le plus beau rugby d’Europe, mais finalement c’est aussi dans son identité qu’il se retrouve ou se perd, comme cette année durant laquelle il alterne le très bon et le très moyen, avec un Novès qui semble parfois las et une charnière qui aurait besoin d’un peu de sang neuf. Kelleher n’est plus celui de son année d’arrivée, Elissalde vieillit, et Michalak ne connaît toujours pas son poste.
Clermont sans James hésite, Clermont avec James bafouille quand ca devient compliqué, à trop se perdre dans une culture Super 14, on ne gagne pas le top 14.
- les All Blacks ont peut-être les même traumas et se demandent quand ils cesseront d’être la meilleure équipe des entre-coupe du monde.-
Parce que le rugby est un sport où la dimension culturelle reste encore trop forte pour être reniée. C’est peut-être d’ailleurs la raison de son enracinement pas encore tout à fait internationalisé.
La finale de 2007 était finalement la même, Clermont a déroulé jusqu’à céder sur la fin face à une vraie bande de potes, le Stade Français de l’époque, quand Dominici terminait avec Pichot, Hernandez, Glas, Skrela, Roncero & co avec Galthié derrière, une équipe transcendée qui tua Clermont sur la fin alors que jusque là Mignoni et James avait récite la leçon parfaitement.
L’idée n’est pas d’accabler les pauvres Clermontois mais cet exemple comme trame de fond permet de souligner quelques tendances sur les composantes d’une équipe qui gagne le top 14 et celle qui reste bloquée. Ces derniers survivront peut-être enfin à leurs vieux démons cette année, le barrage contre le nouveau riche des Hauts-de-Seine ne devrait pas les empêcher d’aller défier Toulon.
Toulon et le Racing apportent une nouvelle problématique dans ce championnat et questionne le raisonnement identitaire posé plus haut car font figure d’objets non-identifiés.
Ici, pas question de formation, de culture identifiée, d’histoire à revendiquer, l’idée a été de construire très vite et bien avec du lourd. Avec Steyn et Wilkinson comme leaders nés. Des nationalités en tout genre, des vécus disparates, des coachs au vécu indiscutable, et une mayonnaise à faire le temps d’un été. Içi, la dimension identitaire défendue paraît donc désuète. Mais ça marche.
Finalement, c’est aussi la force du rugby, d’avoir des vérités multiples.
Finalement, peut-être que le top 14 se gagne juste en jouant comme des latins, sans ligne directrice forcément rationnelle mais avec des histoires d'hommes à actions/réactions, et non comme les cycliques Clermontois qui se sont perdus dans une culture anglo-saxonne qui n'est pas la leur.
Bon, j'arrête avec Clermont.
Robocop peut encore tout remettre en cause.