Le miracle orléanais, par Philippe Hervé

Publié le par Masta

P1040590-copie-1.JPGChez Camembert Orange, on adore critiquer. Mais ce qu'on aime encore plus, c'est mettre dans la lumière des joueurs, des équipes qui vont de l'avant et qui sont sur des dynamiques positives. C'est pourquoi on va s'arrêter quelques instants sur l'Entente Orléanaise 45, véritable modèle de progression depuis 2003. Pour resituer rapidement le contexte, en 2003, les Loiretains accèdent à la Pro B, deuxième division du basket français. S'en suivent deux saisons où le salut de l'Entente en Pro B n'est dû qu'à la modification du nombre d'équipes en Pro B et en Pro A. C'est à Philippe Hervé, coach emblématique du basket français s'il en est, que revient la tâche de guider les noirs et blancs dès novembre 2005. La magie opère de suite : Orléans accède à la Pro A à l'issue de la saison 2005-2006 après une finale de Pro B remportée face à Besançon en juin dans l'antre de Bercy.

Retour sur ces quatre dernières années, véritable modèle de progression sportive, avec le maître de cérémonie, Philippe Hervé, qui nous a reçu samedi 6 mars à Orléans.

 

CO : Qu'est-ce qui vous a poussé à relever le défi lorsqu'Orléans était encore en Pro B, alors que votre dernière expérience en tant qu'entraîneur (2003-2004) était avec l'ASVEL, pensionnaire de Pro A?

Philippe Hervé : Christophe Guérin, le président orléanais de l'époque, m'a contacté en m'expliquant très clairement son projet : faire de l'Entente un club d'envergure européenne. J'ai accepté sans hésiter, ce projet mettant en oeuvre des valeurs qui me tiennent à coeur, notamment la formation. Seul le projet m'intéresse, je n'ai eu aucun problème à passer d'un club de Pro A à un club de Pro B. Un projet c'est un rêve, et il faut mettre toutes les chances de son côté pour le réaliser. Et cela s'est traduit plus vite que l'on pouvait l'espérer, avec 3 ans d'avance au niveau des performances purement sportives. Mais l'on est encore loin du compte, il faut garder les pieds sur terre et continuer à travailler dans le sens de ce projet, notamment avec une nouvelle salle, qui devrait être opérationnelle en 2013.

Pour votre première saison, le club monte en Pro A, avec entre autres faits d'armes une finale de Coupe de France contre Dijon (Pro A). Quel a été le déclic?

Dès mon arrivée, j'ai senti que le groupe avait un vrai potentiel. Dix jours après ma prise de fonction, j'ai rassemblé les joueurs au milieu du terrain lors d'un entraînement et leur ai demandé de fermer les yeux. J'ai posé un trophée dans le rond central, leur ai demandé d'ouvrir les yeux et leur ai dit : "on travaille pour en obtenir un dans 10 mois à Bercy". Je pense que ça a été le vrai déclic, puisque l'on a remporté les play-offs de Pro B après avoir fini 2e de saison régulière. Comme je le dis souvent, on n'atteint jamais que l'objectif qu'on se fixe. Le mien était clair, un titre. Pour ce qui est de la Coupe de France, ça a été un plus non négligeable. On a été bien aidé par notre statut de club de Pro B qui nous a permis de jouer à domicile les gros matches contre Hyères-Toulon et Cholet, tous deux en Pro A.

Comme tout club qui monte de division, l'objectif des premières saisons est de se maintenir, chose que l'EO 45 a plutôt bien réussi...

Notre première saison en Pro A a été très satisfaisante, on était encore sur la dynamique de la montée. On est rentré dans l'histoire en devenant le premier promu à se qualifier pour la Semaine des As. La deuxième année est toujours la plus difficile à gérer, le risque étant de tenir pour acquis notre place dans l'élite. On a fait le pari de jeunes joueurs américains. Après une saison en dent de scie, on finit à 1 point des play-offs, mais également 2 points de la relégation. Au final, je suis satisfait de cette saison, qui était pour moi celle de tous les dangers.

2008-2009 c'est l'année de la consécration. Le club est le parfait deuxième (Pro A, Semaine des As, play-offs). Comment l'avez-vous vécue?

Cette saison a été exceptionnelle. L'équipe était bien équilibrée et bien structurée. Sur la saison régulière, il n'y a pas grand chose à redire dessus. Une deuxième place au terme de 7 mois fabuleux. En play-offs, l'avantage du terrain nous a été bénéfique, en particulier contre Le Mans. Cette saison est très encourageante, installant Orléans dans l'élite du basket français, et permettant au club de cotoyer l'élite européenne la saison suivante...

L'aventure européenne commence donc en 2009 et le moins que l'on puisse dire est que cela a été un apprentissage plutôt compliqué qui a eu quelques conséquences sur la première partie du championnat...

Je ne suis pas d'accord. Cela n'a pas eu de conséquences sur la première partie de championnat. On a tout de même gagné 3 matches sur 4 en championnat en septembre et en décembre. On a juste eu un trou d'air de 3 semaines en novembre. Donc la première partie de championnat est plus que satisfaisante. Mais c'est sûr que, avec 2 matches par semaine, un trou d'air de 3 semaines est synonyme de 7 défaites, dont 4 en championnats.

Quel bilan tirez-vous de votre parcours en Euroleague?

L'équipe que j'avais préparée à l'inter-saison était rodée pour jouer en Eurocoupe, pas en Euroleague. On a réussi à se qualifier pour l'Euroleague, le nec plus ultra du basket européen, en éliminant le Bennetton Trévise! Sur le plan comptable, on a remporté 2 matches sur 10. Mais ce que je retiens, c'est que l'on a réussi à jouer 80% des matches les yeux dans les yeux avec les autres équipes, alors que, ces dernières années, les équipes françaises étaient plus en rôle de figurant. C'est une expérience qui nous a énormément servi, notamment en donnant aux joueurs, surtout aux plus jeunes, une mesure de ce qu'est le très haut niveau européen. Sur les matches retour, le regard des autres coaches a changé, et l'on a été félicité pour le basket que l'on a pu produire contre des équipes comme l'Olympiacos ou Malaga.

Un autre événement majeur de cette saison a été la Semaine des As où vous vous classez, cette année encore, deuxième. Y a-t-il eu des enseignements particuliers que vous avez tiré de l'édition précédente?

L'année dernière, on est arrivé à la Semaine des As en étant déjà assez érintés physiquement, ce qui fait que nous n'avons pas pu tenir physiquement lors de la Finale contre Le Mans, et que nous avons ensuite enchaîné 4 défaites en championnat. Cette année, on était mieux préparé physiquement. Malheureusement pour nous, elle s'est jouée à Villeurbanne et l'issue nous a été malheureuse. Mais on a mieux su gérer l'après Semaine des As. C'est très éprouvant à la fois physiquement et mentalement. On a donc pris une semaine de repos et on a joué à Toulon sans entraînement. 

Les observateurs du basket français pointent souvent du doigt le niveau de la Pro A et l'associent à la présence trop nombreuses d'Américains dans les équipes, ce qui empêche de former les jeunes Français...

Je vous arrête de suite. C'est prendre le problème à l'envers que de raisonner comme ça. Ce n'est pas parce qu'il y a beaucoup d'Américains dans le championnat que les joueurs français ne jouent pas. S'ils avaient vraiment le niveau, ils joueraient. La première chose que l'on nous demande au haut niveau est de gagner des matches. Si l'on pouvait le faire avec uniquement des joueurs Français, on ne s'en priverait pas. Mais, aujourd'hui, il y a un vrai déficit des aspects purement techniques. J'en ai déjà parlé aux responsables de la Fédération et le problème se situe au niveau de la formation des jeunes quand ils sont encore minimes ou cadets.

L'Entente est un bel exemple de mixité au sein des équipes avec à la fois des Américains et des jeunes français. Comment l'avez-vous mis en place?

50% de mon travail se fait avec les jeunes, directement avec eux ou bien par la formation des entraîneurs jeunes. C'est un process à long terme qui rentre directement dans le projet du club. Le but est d'inculquer aux jeunes des fondamentaux à la fois techniques, physiques mais aussi mentaux qui les préparent au haut niveau. Les Américains sont au courant de cet objectif de responsabilisation des jeunes et ils ne s'étonnent pas lorsque des jeunes comme William Hervé, ou Maël Le Brun sont titularisés dans la Semaine des As. Cela fait partie du projet d'équipe. Donner du temps de jeu aux jeunes joueurs, comme Aldo Curti, Adrien Moerman ou Ludovic Vaty, est le meilleur moyen de les faire progresser. Et je ne parle pas ici de 5 petites minutes en fin de match. Il faut voir comment ils se débrouillent lorsqu'ils ont des responsabilités et que le match n'est pas déjà plié.

Quels sont vos objectifs pour la fin de la saison? 

Il faut différencier les objectifs "club" des objectifs "équipe". Le club a voulu en début de saison que l'on soit dans le Top 6. Cela donne accès à la fois à la Semaine des As, aux play-offs, et à une compétition européenne, que ce soit l'Euroleague ou l'Eurocoupe. L'idéal, pour le club, est de jouer une demi-finale, toutes compétitions confondues. Pour ce qui est des objectifs "équipe", je fixe toujours, par principe, des objectifs plus élevés que ceux du club. Mon but cette année est donc de jouer une finale et de gagner un titre. Mais si l'on n'y arrive pas, cela ne sera pas un drame. Bien sûr, il y aura la déception de la défaite, mais rien de plus. C'est ce qu'il s'est passé lors de la Semaine des As. Je suis très satisfait car l'on a dépassé les objectifs du club à cette occasion, et cela prime sur les petites déceptions. Si, un jour, on n'atteint pas les objectifs fixés par le club en début de saison, alors là on sera déçu, mais ce n'est pas le cas pour l'instant.

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Publié dans Basket

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