Grands Chelems, gros boulet.
En ce mois de giboulées, les spectateurs attentifs que nous sommes de la vie sportive et de l'actualité politique allons avoir la chance d'assister à une majestueuse concordance des succès.
Je ne parle pas des performances délirantes de l'équipe française de biathlon, qui fait briller notre riante nation aux JO de Vancouver, ne suscitant pourtant pas l'engouement populaire auquel on aurait été en droit de s'attendre au vu de l'importance de cette discipline improbable dans la hiérarchie mondiale des sports. Je ne parle pas non plus du succès de la réforme des retraites, puisque notre dream team gouvernementale a sagement décidé de procrastiner jusqu'à la rentrée. Enfin, je ne parle évidemment pas du succès commercial des deux dernières (pitié, faites que ce soient vraiment les dernières) publications de BHL, notre indestructible auto-entrepreneur de philosophie jetable, puisque ses ventes ont toutes les chances d'être inversement proportionnelles à son omni-médiatisation compulsive et masturbatoire.
Je parle du succès prévisible, convergent et annoncé de deux équipes dont l'histoire a été marquée tant par de glorieuses victoires sorties de nulle part que par de lamentables défaites faisant rougir de honte leurs supporters. Ces deux équipes, pour ceux qui n'auraient pas encore compris, sont le XV de France et le Parti Socialiste. Les homologies nombreuses entre ces deux formations ne manquent pas de frapper le chaland avisé, ou aviné, l'un n'empêchant pas l'autre. Toutes les deux sont composées de brillantes individualités, à même de défier et de faire flancher n'importe quel adversaire. Contrepartie de cet agglomérat de talents individuels, ces deux équipes ont aussi parfois du mal à jouer ensemble. Souvent, elles ont échoué aux portes de l'Eden après avoir donné l'impression qu'elles avaient fait le plus dur.
Par exemple, Coupe du monde 2007. Après un début calamiteux - défaite en ouverture contre l'Argentine - le XV du coq qui chante sur un tas de fumier vend du rêve à ses supporters en battant les maoris néo-zélandais, pourtant favoris et pas mal gaulés. Et, victime de son euphorie, convaincu que rien ne peut plus l'arrêter, il prend le bain contre des Anglais plus réalistes en demi-finale. Autre exemple, Présidentielle 2007. Cinq ans après une élimination humiliante au premier tour de la présidentielle, la gauche a repris du poil de la bête (immonde). Trois ans avant, elle écrasait l'UMP aux régionales (20 régions sur les 22 métropolitaines, faut-il le rappeler). Mais, alors que la droite lasse, que l'ère Chirac s'achève au rythme des sales guerres de successions (affaire Clearstream, instrumentalisation du CPE) et que le candidat qui s'impose à droite apparaît battable tant il concentre le rejet d'une large partie de la population, la gauche parvient à perdre. Comme en 2002. Comme en 1995. Bref, comme une malédiction. La comparaison peut sembler un peu capillotractée, et d'ailleurs elle l'est. Mais l'idée, c'est simplement que ces deux équipes se ressemblent par certains aspects de leur histoire comme de leur mode de fonctionnement, tantôt bien huilé et irrésistible, tantôt pesant et cacophonique.
Ce qui nous amène à maintenant. Depuis les échecs de 2007, des changements profonds ont affecté nos deux équipes favorites. Changement de leader d'abord, puisque l'ère Laporte est terminée, tout comme l'air Hollande. Lièvremont et Martine Aubry ont connu des débuts difficiles (je ne reviendrais pas ici sur les conditions frauduleuses dans lesquelles Lièvremont a pris les rênes de l'équipe de France, tout a été dit dansHold-ups, arnaques et trahisons) mais se sont finalement imposés. Avec un nouveau style, une volonté de revenir aux fondamentaux tout en laissant une bonne marge de manoeuvre aux joueurs, et le souci de faire confiance à des jeunes premiers même s'ils sont parfois un peu foireux (Parra, Hamon, etc). Et pour l'instant, touchons du bois, la recette marche. Malgré quelques aléas - une seconde période catastrophe contre le Pays de Galles qui n'a pas remis en cause la victoire parce que les Gallois ont commis trop d'approximations, ou l'investiture de Hélène Mandroux en Languedoc Roussillon, annonciateur d'une défaite locale des socialistes Solferino sensu, certes, mais temporaire (puisque ce bon vieux Georges sera réintégré avant la présidentielle, aucun candidat aux primaires ne pouvant décemment cracher dans la bonne vieille soupe de la fédération de l'Hérault) - le mois de mars a toutes les chances d'être celui du double Grand Chelem. N'en déplaise au gentil Xavier Bertrand, qui s'est récemment fendu d'une déclaration empreinte de l'onctueux mélange de cuistrerie et de suffisance dont lui seul a le secret « le seul Grand Chelem qui a une chance de se réaliser, c'est celui du XV de France ». Au vu des sondages, c'est en tout cas mal parti pour être celui de l'UMP, mais je doute que ce soit ce qu'il ait voulu dire.
Reste à ce que ce double succès ne soit pas le premier pas vers un double échec cuisant aux prochaines échéances vraimentimportantes (2011 et 2012), comme ça a si souvent été le cas par le passé.