Domenech clashe Booba sur Camembert Orange !
Raymond Domenech reprend du service en tant que coach en prenant la charge des poussins de Boulogne-Billancourt. Booba, sort son 5ème album solo « Lunatic ».
L’occasion était trop belle de comparer les phrasés de deux des personnages les plus contestés du moment, entre adoration immature et haine palpable. Car si les figures s’opposent (nouveau riche fier de l’être Vs entraineur intello de gauche), les registres et les champs lexicaux sont finalement très similaires, Ray la science aurait pu tester l’ancien de Lunatic sans problème micro à la main quand Booba aurait pu être « Izi » son conseiller en comm’ pour le meilleur et le pire.
Décryptage. Faites chauffez votre iTunes.
« Si je dois passer pour le pire des abrutis ou le roi des cons, je n’ai pas de soucis. Tant que ça fait fonctionner l’équipe. »
« Peu importe qu’ils me haïssent, pourvu qu’elles m’aiment » (Pourvu qu’elles m’aiment)
Se construire seuls contre tous, facile mais efficace pour exister. Cette réthorique vite identifiée au fil des interviews et des lyrics des deux protagonistes sur lesquels ils bâtissent toute leur personnalité médiatique. Le registre est simple mais maîtrisé à merveille. A noter les politesses du Duc de Bolougne pour la gente féminine qui, elles, n’ont pas d’égales.

« Je pensais que je pourrais avoir un dialogue différent des autres sélectionneurs avec les media. Mais Jacques, Roger et Aimé avaient raison : je dois me contenter du sujet, verbe, complément. »
« Moi je rêve, j'accomplis. Même si je crève incompris » (Couleur Ebène)
Le rôle d’incompris notoire pour perdurer et déclencher les passions sans rentrer dans le moule et éviter le « mainstream ».
« Je n’ai pas la science infuse. Je ne suis pas journaliste. »
« La street ne nous lâche pas, Skyrock etc. ne nous passe pas ... » (Lunatic)
Forcément, la détestation des journalistes qui va avec.
« Il conviendrait de pouvoir effectuer des changements violents. Cela donnerait du travail au 4ème arbitre, vous savez, celui qui ne sert à rien. »
« sazamizi, pazalaza pour sazamuser laisse la concurrence fendue en deux sur le boulevard des vendus. » (Pazalaza pour sazamuser)
Dénigrer les acteurs du même champ ou les concurrents pour se repositionner bien au dessus, forcément car les deux loulous sont très au-dessus.
« Je vous donne rendez-vous le 9 juillet à Berlin. »
"J'irai jusqu'en finale, frais même en été / Vrai, je le resterai ; je l'ai toujours été" (Hors-saison)
Flagrant à en devenir flippant. La même certitude d’une grande destinée, avec les mêmes objectifs estivaux. Pour le coup, les deux ne s’étaient pas trompés.

« Bonjours à tous. Il y a du monde aujourd’hui. Ah oui, c’est vrai l’odeur du sang vous intéresse. Je suis bien parti là, hein ? Ce n’est pas même du premier de gré, aujourd’hui. C’est du 2ème degré. Non, c’est l’inverse. »
« J'en-j'en-j'en-j'entend jurer des mecs que sur La Mecque on est dead, pour que les negros veulent ma peau j'avance écorché vif » (Gun in Hand)
Là on explore encore plus le registre du « seul contre tous » avec le champ lexical de la mort (odeur du sang, « Dead »).
« Je suis vraiment heureux d’un truc : c’est que les lois d’exception et de la guillotine n’existent plus. Sinon, j’en vois quelques-uns, ici, qui se feraient un malin plaisir de m’envoyer sur l’échafaud. Mais bon, je n’ai tué personne. Peut-être que j’aurais été mieux servi si j’avais tué quelqu’un… »
« Nous c'est du sang hallal, pas égorgé au Gillette Mach 3 » (La Faucheuse)
La même rengaine, avec cette fois le champ lexical plus subtil de la peine capitale. « guillotine, égorgé » (La Faucheuse)
« Pardonnez-moi d’avoir eu un brin d’humanité à un moment donné où j’aurais dû rester froid, professionnel. C’était une erreur de communication. Mais c’était une impulsion. Un instant, je n’ai pas été un robot, excusez-moi. »
« Mc poursuivi pour crime contre l'humanité ... » (Boîte vocale)
L’utilisation de la demi-mesure (humanité) pour souligner leur rapport ambivalent au reste du monde qui les juge, les déteste et les poursuit pour l’ensemble de leur œuvre sans vouloir les pardonner et leur donner une seconde chance.
« Les portes de la sélection ne lui sont pas fermées (…) Qu’il joue et parle moins. »
« Grossier ou gentleman selon ton dossier, si t'as sucé tout l'quartier faut pas te la jouer » (Baby)
Rappeler qu’on est le décideur numéro 1 et le patron de temps en temps, avec plus ou moins de tact.(sic)
Raymond Domenech est lui un passionné de théâtre. Il a déjà joué des pièces de Ionesco. Il a failli apparaître au cinéma dans le film "Le cœur des hommes 2" mais la scène aurait été coupée au montage (sic). Entre hommes de culture, on se comprend donc. Booba aussi se pose assez haut dans la hiérarchie.
« J'en ai rien à foutre, J'suis meilleur que Molière, tatoué sans muselière » (Garde la pêche)
Mais B2O concurrence aussi Benjamin Stora à ses heures :
« Viens pas vendre ta 0.9 ici coupée au plâtre, negro fût pharaon, se fit sucer par Cléopâtre » (Paradis)
Finalement, la seule différence repose sur leur traitement de l’esclavagisme, dû à leur différence de couleur de peau sans doute ou à leur sens de l’humour, mais là encore les références s’entrecoupent encore et toujours.
Raymond Domenech à propos de Makélélé : « Il est esclave, je suis esclavagiste, je le fouette, et il y va. »
"C'est pas la mer qui prend l'homme, c'est Christophe Colomb ». (Commis d’office.)
Pour conclure et les différencier. Lorsque Raymond demande en mariage Estelle alors que la France souffre le martyre, le petit ourson garde le sens des priorités et pose clairement les bases :
"J'suis pas marié pour moi l'hôtel c'est l'essentiel." (Ouest side)
Imparable, Booba l'emporte part KO technique au dernier round.