Service minimum
Les journalistes de France Télévisions, notamment ceux de Stade 2, cumulent une ignorance flagrante de ce qu'est la NBA, une connaissance du basket français qui semble se cantonner aux années 90, les exploits du CSP et de l'ASVEL, et, chauvinisme oblige, une vision très franco-française du basket.
Allez, pour le plaisir, et surtout par dépit, démontons gentiment les journalistes de Stade 2 qui se ridiculisent à chaque fois qu'ils parlent du cinquième sport français en termes de licenciés.
Une ignorance totale de la NBA
Quel meilleur exemple pour cette partie que la vidéo suivante, extraite du Stade 2 du 7 novembre 2010. En environ 30 secondes, le grand spécialiste du basket qu'est Nelson Montfort (non mais sérieux, ils ont personne d'autre chez France Télévisions pour parler de basket ? …) arrive à sortir trois énormes exemples de méconnaissance basketballistique.
Dégustez cette vidéo, on en parle de suite :
Ineptie n°1 : « on pense qu'il va marquer de façon normale, et bien non ! Il marque de façon inversée ! ». Bon, Nelson, on t'aime bien mais là, il faudrait arrêter de s'enflammer. Ce que fait James est certes beau visuellement mais est tout ce qu'il y a de plus banal à ce niveau. En regardant un peu plus souvent les Top 10, tu remarquerais, cher Nelson, que ce genre de dunk renversé, en contre-attaque, et qui plus est sans défenseur, arrive presque chaque soir en NBA et que James doit en faire à peu près un tous les deux matches...
Ineptie n°2 : « à la manière de Magic Jonhson ». Euh... What the fuck ? Une simple passe dans le dos et on doit s'agenouiller devant James ? La capacité d'émerveillement de la bande de spécialistes de Stade 2 laisse pantois. Nash en sort trois par match des passes comme ça. Le commentaire de Nelson montre ici la limite de la culture basketballistique du service public : c'est à croire qu'ils sont encore dans les années 80 et que Magic règne toujours sur les parquets. Cette comparaison entre James et Magic est tout simplement un non-sens (mais ce n'est pas le sujet de cet article) et prouve encore une fois les limites du service public.
Ineptie n°3 :« on pense que le 3 va marquer... ». Ai-je bien entendu ?!? Est-ce que Nelson Montfort a bien réduit Wade à la simple appellation « le 3 » ? Il n'y a qu'un seul adjectif pour qualifier cet acte : honteux. Wade, champion NBA 2006, MVP des Finals la même année, MVP du All Star Game en 2010, réel leader de Miami cette saison, est réduit par France Télévisions à un simple pantin dont le nom ne vaut même pas la peine d'être cité. Gerbant.
Croissance arrêtée en 2000
Le second point sur lequel je voudrais m'arrêter est l'incapacité des journalistes de France Télévisions à se sortir des années 90 en ce qui concerne la Pro A, et plus généralement le basket français.
Oui, bien sûr, cette période peut être considérée comme un âge d'or avec d'un côté la finale olympique de l'équipe de France en 2000 et de l'autre les épopées de Pau et de Limoges dans les compétitions européennes et leur domination nationale : Pau détient le record de participations successives à l'Euroleague, l'Elan Béarnais étant présent dans l'élite européenne de 1978 à 2008, avec une victoire en Coupe Korac en 1984 et 9 titres de champion de France entre 1986 et 2004. De son côté, le CSP Limoges a remporté 3 fois la Coupe Korac, a gagné la coupe d'Europe en 1993 et a décroché 9 titres de champion de France entre 1983 et 2000. Bref, Pau-Lacq Orthez et le CSP Limoges ont été des figures incontournables du basket européen dans les années 80-90. En plus de ça, de nombreux noms du basket français ont été formés dans ces deux clubs ou y sont passés : Jim Bilba, Richard Dacoury, Jacques Monclar, Fred Weiss, Yann Bonato pour le CSP, Dider Gadou, Boris Diaw, Freddy Fauthoux, Laurent Foirest, Johan Petro, les frères Piétrus, Antoine Rigaudeau, Cyril Julian, Thierry Rupert pour Pau.
(oui, Pau a aussi formé un Roumain qui deviendra MIP NBA en 1996, Gheorghe Muresan)
C'était bien beau tout ça, mais c'est fini. Enfin ça l'était dans l'esprit des fans qui semblaient s'être accoutumer du fait que ces deux équipes au palmarès glorieux avaient passé le témoin à l'ASVEL, au Mans ou à Roanne. Mais non, France Télévisions ne l'entend pas de cette oreille et continue de vivre dans le passé. Après des traversées du désert plus ou moins longues pour les clubs les plus titrés du championnat de France, ils sont revenus tous les deux dans l'élite cette année. Faut-il le voir comme un signe du destin ? Pour France Télévisions, il n'en fallait pas tant et les superlatifs inondent les sujets sur ces deux équipe, qui ne sont pourtant que 7e (Pau) et 11e (Limoges) après 6 journées. Mais bon, ce n'est pas cela qui va arrêter France Télévisions qui continue de vivre dans le passé. Il ne manquerait plus que le retour de Gérard Holtz à la présentation de Stade 2 et on pourrait vraiment se croire revenu 10 ans en arrière.
Champions du chauvinisme
Ah, qu'ils sont bons nos petits français expatriés outre-atlantique. A en croire Stade 2, Tony Parker est le meilleur meneur de la NBA, Ronny Turiaf et Joakhim Naoh les meilleurs pivots et Boris Diaw le meilleur ailier polyvalent. Le nombre de sujets sur ces quatre-là (sur le peu de sujets sur le basket) dépasse l'entendement.
Pour Parker, ses trois titres NBA et son titre de MVP des Finals 2005 lui assurent une légitimité certaine. Ou plutôt lui assuraient. Car TP, loin d'être devenu mauvais (ses stats sont encore très respectables pour son âge), n'est plus à son toujours meilleur niveau, l'âge et les blessures à répétition étant passés par-là. Le cas Parker est donc un peu à part, le meneur des Spurs ayant représenté la France avec dignité aux States. Et puis, le faire venir en compagnie de sa femme sur Stade 2, ça fait forcément grimper l'audimat.
(vendeur n'est-ce pas ?)
Turiaf et Diaw, ces deux grands éternels espoirs du basket hexagonal, sont bien en deça de leur meilleur niveau, déjà limité par rapport aux meilleurs joueurs NBA. Mais non, Stade 2 continue d'en faire l'apologie dès que possible, rappelant que Diaw est le capitaine l'équipe de France, qu'il a fait des triple-doubles lorsqu'il jouait à Phoenix et que Turiaf est un miraculé après son opération du coeur.
Enfin, le cas Joakhim Noah est un peu particulier. Le jeune pivot des Bulls augmente son niveau de jeu de semaine en semaine et se pose comme un potentiel All Star pour cette saison et les celles à venir. Mais la médiatisation du garçon passe aussi et surtout par ses liens familiaux. Fils de la personnalité préférée des Français, quoi de plus normal que de parler de lui dans Stade 2, entre deux émissions de Drucker, et ce depuis 2005 ?
A côté de ça, la NBA regorge de talents purs mais Montfort et Montiel ne semblent pas les connaître, sauf peut-être James...
Concernant l'équipe de France, avant chaque grande compétition, il suffit de regarder Stade 2 pour se convaincre que la France gagnera, qu'elle a la meilleure équipe du monde après les Etats-Unis. Pour rappel, l'équipe de France ne s'est pas qualifiée pour les deux derniers Jeux Olympiques et son meilleur résultat reste une troisième place aux championnats d'Europe de 2005. Pourtant, à chaque fois, chez France Télévisions, on semble faire table rase des mauvais résultats récurrents pour rêver du meilleur. Rêver, c'est bien et tout à fait normal pour un supporter. Mais rêver les yeux ouverts, c'est souvent inquiétant.
En somme, Stade 2 ferait bien soit de ne pas parler de basket (j'en conviens, ce serait dommage que le basket disparaisse du service public, mais si c'est pour en parler comme ça autant ne pas le faire), soit d'engager ne serait-ce qu'un journaliste supplémentaire, plus jeune (même un stagiaire), pour traiter de la balle orange. Nelson Montfort, aussi amical soit-il et aussi calé en tennis, athlétisme, patinage artistique, ou traductions foireuses soit-il, est nul en basket. Par respect pour lui, Chamoulaud devrait l'interdire d'en parler.
Ce qui est malheureux, c'est que ce constat sur le basket concerne de nombreux sports. France Télévisions semble s'inscrire dans une politique de service public minimum pour l'analyse sportive (malgré les moyens mis en oeuvre pour que Stade 2 ressemble à un talk-show sportif à l'américaine), et c'est bien dommage. Un seul conseil donc, investissez et passez sur Canal, si ce n'est pas déjà fait, et récupérez vos vingt années de retard.
(avec un plateau comme ça, on est en droit de demander mieux)