Analyse : Le rugby professionnel ou la chronique d'un club qui monte, l’exemple de l’USAP.

Publié le par Babaci


"Dans la ville de Salvador Dali, seule une moustache fournie pouvait aider l'USAP à grandir."

 

Depuis leur finale en 1998 contre le Stade Français, première au Stade de France et première de l’ère du rugby pro en France, l’USAP est la grosse équipe de losers du championnat de France. Régulièrement qualifiée pour les phases finales (bien que celles-ci disparaissent de plus en plus, plus de quarts de finale au couteau et d’ici quelques années, plus de demies… et un championnat baptisé « TOP 12 Boucherie Bigard »), les Catalans semblaient incapables de gagner ces matchs chauds hormis quelques exploits toujours incompris qui font partis des irrégularités historiques de ce pays, comme une victoire de la gauche. (cf Toulouse à la Mosson en 2004, Lanelli en 2003).

 

Indisciplinés, aussi créatifs qu’une équipe de mini-poussins du comité du Jura, les Catalans s’en remettaient à leur pack terrifiant guidé par Goutta, le nouveau venu Nico Mas et au génie d’un Manny Edmonds pour exister le temps de quelques grands matchs. Demandez donc à Bomati, ailier de l’époque  de vous expliquer comment l’USAP avait inventé le rugby à 10, et comment les ¾ étaient devenus, pendant ce temps, maîtres dans l’art de chercher des trèfles à 4 feuilles sur les pelouses de France et de Navarre. D’ailleurs lors de la saison 2002-2003, Souverbie a fini premier au classement avec l’exploit historique de 4 trouvailles en une mi-temps.

 

Les entraineurs se succédèrent, de Saïsset, parfait dans le rôle du vieux sage incompris, aux éducateurs Boher et Ducousso, le problème demeurant intacte, l’USAP n’avait en rien le profil d’une équipe de vainqueurs, à vrai dire, ils faisaient figure de beaux perdants, presque romantiques, toujours présents mais jamais en haut de l’affiche, avec un des plus beaux public de France, toujours fidèle, toujours prêt à insulter les Narbonnais de « gavatx », qui me remémore cette citation de l’écrivain Nick Hornby qui suggérait très justement que « l’essence même de la vie d’un supporter était la frustration engendrée par les défaites successives de son équipe. »

 

Dans cette cour des grands, l’USAP a vu le club de Blanco, le BO, entrer dans la hiérarchie aussi vite que le ventre du génial arrière français a grossi, en restant coincé derrière sans solution sportive, malgré le développement économique du club promu par Dagrénat, le chef d’entreprise des supermarchés « Mammouth » qui souhaitait mettre un bon coup de fouet dans un club pourri par une direction paternaliste et peu ambitieuse comme celle qui a conduit le RC Narbonne en ProD2 (oui maintenant même la D2 est pro, et Béziers joue en fédérale 1…)

 

Malgré Herbert (rires) ou Dan Luger, l’USAP stagnait, en haut, certes, mais stagnait.

 

Il aura fallu l’arrivée de Jacques Brunel, sorcier gersois, les restes de foie gras perdus dans la moustache pour que le déclic arrive. 

 

 

 

 



« Mais en fait, c’était toujours mieux avant. »

 

Février 2008, l’équipe est au plus mal, engluée dans le milieu du tableau, sans leader de jeu, Porcu venu tout droit de Toreilles sort de sa préretraite en tant que joker et emmène les Usapistes à la victoire à Jean-Bouin pour la première fois depuis perpète.

 

Verdict, un sans faute et une demie en 2008.

 

Un titre en 2009.

 

L’USAP première à la mi-saison 2009-2010, et ce malgré un nombre de blessés aussi important qu’il n’y a de beaux gosses dans l’équipe de Bourgoin.

 

Cali n’a donc même plus besoin de chanter « c’est quand le bonheur?» -entre nous, c’est pas plus mal-

 

Mais maintenant que l’USAP gagne, ce club est devenu un club de petits bourgeois gatés, Nico10 et Porical se font huer pour une pénal-touche non trouvée, l’ambiance est de moins en moins chaude, une asso de supporters, « presqu’aussi cons que des militaires » (cf Renaud), la « Bronca 2003 », s’inspire du foot et développe à son tour des chants remplis de lyrisme, le « premier quart d’heure catalan » qui voulait que les gros défoncent tout, prennent 15 points d’avance pour ensuite perdre le match n’existe plus, le stade est fermé, plus de trous d’air, on voit des essais à Aimé-Giral avec des ¾ qui savent faire des passes, il y a beaucoup moins de bagarres générales, plus communément appelé « ouillades » et il faut acheter un pion pour ensuite pouvoir commander une bière à Aimé-Giral. Tristesse.

 

 

 

Publicité

Publié dans Rugby

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article