"Plaidoyer pour un championnat homogène."
Après le requiem, place au plaidoyer. La première place de Brest en ligue 1 et les réactions qu’elle suscite est forcément l’occasion de questionner l’idéologie dominante en vogue dans le foot du 21ème siècle, parce que l’exercice de style est intéressant et parce que questionner ce qui l’est de moins en moins paraît nécessaire.
Le modèle dominant…
… serait le championnat anglais. Rapidement, des clubs riches, des stades pleins, des stars qui jouent le maintien donc des stars à tous les étages, des droits TV négociés aux 4 coins du monde et des recettes à la pelle. En découle un modèle très rodé comme prototype du championnat du futur: une locomotive inarrêtable très riche (le Big Four) qui tire le niveau moyen vers le haut, le « naming » des stades comme pratique routinisée et finalement acceptée tant bien que mal par les supporters, des fonds de pension comme investisseurs numéro 1, des effectifs aussi angoissants que celui de Manchester City où des internationaux se retrouvent remplaçants en réserve, et des titres européens qui défilent et qui justifient un modèle de vainqueurs qui devient normatif dans le foot moderne.
Le retour sur investissement est terrible, l’équipe nationale anglaise est nulle depuis un moment et il est de plus en plus pathétique de voir les gardiens anglais se ridiculiser quand Lampard et Gerrard sont incapables de jouer ensemble au milieu. Les raisons ? Peu de joueurs anglais de haut niveau dans les clubs dominants et très peu à l’étranger donc beaucoup dans des clubs moyens (CQFD). Le raisonnement est rapide mais se tient malgré tout.
Le paradigme du championnat ultra-libéral que défend Wenger quand il s’oublie un peu correspondrait à une ligue fermée sans descentes ni montées que la NBA pourrait caractériser. Malgré tout l’amour que les fans de basket peuvent lui porter, ce modèle de ligue anxiogène où le joueur est une valeur pouvant être échangé à tout moment (même si la draft rééquilibre les forces) doit en rester un (un modèle anxiogène CQFD)
Le championnat anglais est, dans sa folie ultra-libérale, celui qui s’en rapproche le plus.
Si tu trouves un anglais sur cette photo, tu gagnes un Nuts
La ligue 1, c’est du vrai foot !
Finalement, après le tableau (ou pamphlet, ok) dressé au-dessus, la ligue 1 paraît tout de suite beaucoup plus attachante ! Sans tomber dans la démagogie, la ligue 1 s’inscrit plus dans le vrai. Un championnat plus mesuré, en somme. Des stades à taille humaine, des scores de foot et non des sets de tennis, des maillots pas toujours réussis voire très laids, des joueurs importants qui resteront toujours des anti-héros (Pujol), des cultures populaires toujours ancrées et une locomotive (le fameux PLM) qui marche une fois sur quatre. Finalement, Thiriez a beau essayé, la société du spectacle dénoncée par Baudrillard ne prend pas trop. Un choc du dimanche sur canal Lille-Rennes dans au Stadium de Villeneuve d’Ascq qui donne très peu envie d’y être avec un très jeune crack (Hazard) et des vieux routiers (Dalmat & Leroy) comme leaders techniques fera toujours rire à côté d’un Aston Villa-Manchester City, les deux équipes ayant pourtant les même classements dans leur championnats respectifs.
La ligue est finalement très glamour car très incertaine et pas hyper-sexy, plus ancrée dans la réalité. La place de Brest n’a pas manqué de faire réagir tous ceux qui souhaiteraient voir les gros budgets devant et les petits derrière, car elle nuirait à la progression d’un championnat en retard. Les 8 points d’écart entre le premier et le 17ème seraient le marqueur d’une faiblesse prononcée, d’un nivellement vers le bas. Pourtant, un autre discours pourrait valoriser la ligue 1 comme un championnat républicain, méritocrate et participatif où tout le monde peut gagner et perdre. Qui n’est pas ému par Auxerre ? Ou les parcours récent de Lorient ? Un championnat qui donne sa chance à tout le monde, qui valorise la formation et où ceux qui claquent du beef (comprendre le PSG et l'OM des années 2000) peuvent très bien foirer ne peut pas être si inintéressant. A défaut de "vendre de rêve" comme la premier league et de concurrencer Hollywood, la ligue 1 qui n'a pas cette amibition te vend un fim de Jaoui : de la réalité en barre, des hauts, des bas, et beaucoup de passion, la vie donc.
De plus, une analyse comparative des footballs anglais et français serait presque à l’avantage du foot français. La sélection française se porte mieux, (2 titres et une finale ces 15 dernières années lors des grandes compétitions contre rien du tout), et se portera bien au regard de la flopée de cracks qui sortent des centres de formation français. Oui les Français forment, vendent et re-forment... La ligue 1 est sur-représentée à l’étranger. Kaboul aura beau aller faire le malin, rien gagner et ne jamais voir les Bleus en choisissant de faire carrière à Tottenham plutôt qu’à Lyon, il a vite été remplacé et le foot français l’a déjà oublié. Le quota de joueurs vendus l’été est remplacé chaque année. Même si on en doute encore parfois, la France a toujours une vraie culture de la formation qui fait figure d’exception à préserver.
Si tu trouves un beau gosse sur cette photo, t'as beaucoup d'humour
Et ailleurs ?
Le championnat espagnol se joue à deux équipes, le foot italien dépend de la santé de son industrie automobile, les Allemands mettent plein de buts dans des stades pleins mais tout le monde s’en fout, la main d’œuvre allemande s’exporte très peu !
Comme quoi, la ligue 1, c’est bien !